Lorsque j’ai appris ma grossesse après mes traitements contre le cancer, j’ai refusé de ranger mes baskets au placard. Comme beaucoup de marathoniennes qui continuent à courir enceintes, j’ai dû adapter mes objectifs sans renoncer à ma passion. Certaines coureuses d’élite ont même réalisé des performances impressionnantes avec leur ventre rond, prouvant que grossesse et endurance peuvent faire bon ménage, avec les précautions nécessaires.
Ces marathoniennes qui ont défié les limites pendant leur grossesse
Tu ne croiras jamais les exploits réalisés par certaines athlètes enceintes ! Quand j’observe ces performances, je reste admirative devant leur détermination. Alysia Montano est devenue une véritable icône en participant au 800 mètres des championnats d’athlétisme américains en 2014, enceinte de 8 mois. Bien qu’arrivée dernière, elle a reçu une ovation du public. Cette sportive n’a jamais cessé de s’entraîner durant sa grossesse, se sentant « très, très bien » selon ses propres mots.
Plus impressionnant encore, Amber Miller a terminé le marathon de Chicago en 2011 alors qu’elle était enceinte de presque 9 mois complets ! Elle a alterné course et marche pour boucler l’épreuve en 6h25, avant de donner naissance à sa fille June sept heures plus tard. Je n’invente rien, c’est authentique !
Dans un registre similaire, la Québécoise Alix Côté-Tremblay a franchi la ligne d’arrivée de son premier marathon à Ottawa en mai 2014, portant son bébé de 33 semaines. Cette thérapeute du sport consacrait habituellement entre 15 et 18 heures hebdomadaires à l’entraînement et ne voyait pas pourquoi sa grossesse l’en empêcherait.
Personnellement, j’ai participé au 20 km de Paris en octobre dernier, enceinte de 6 mois, terminant 126e femme sur près de 10 000 participantes. Mon chrono de 1h24’22 » (soit 4’13 » au kilomètre en moyenne) m’a surprise moi-même ! Je prévois également de courir le 20 km de Tours en septembre, un lieu symbolique où j’ai remporté mon premier championnat de France de marathon après mon cancer.
Les performances notables de marathoniennes enceintes :
| Athlète | Compétition | Stade de grossesse | Performance |
|---|---|---|---|
| Amber Miller | Marathon de Chicago (2011) | 9 mois (38 semaines) | 6h25min |
| Alysia Montano | 800m Championnats US (2014) | 8 mois (34 semaines) | +35sec sur record perso |
| Alix Côté-Tremblay | Marathon d’Ottawa (2014) | 8 mois (33 semaines) | Premier marathon terminé |
| Anaïs Quéméner | 20km de Paris (2024) | 6 mois | 1h24’22 » (4’13″/km) |
Les bénéfices et considérations médicales pour une coureuse enceinte
Je tiens à être claire : courir pendant la grossesse n’est pas incompatible avec un développement sain du bébé, mais nécessite certaines précautions. Comme Alysia Montano l’a souligné, « faire du sport pendant la grossesse est bien meilleur pour la maman et le bébé. » Évidemment, chaque grossesse est unique, et l’adaptation des exercices pour futures mamans reste indispensable.
Personnellement, j’ai dû revoir mes objectifs d’entraînement. Au début de ma grossesse, je visais 100 kilomètres hebdomadaires, mais en entrant dans mon cinquième mois, j’ai réduit à environ 80 kilomètres (une heure quotidienne), avec un jour de repos hebdomadaire selon mes sensations.
L’avis médical reste primordial. Amber Miller avait obtenu le feu vert de ses médecins pour son marathon, avec la condition d’alterner marche et course. Selon le gynécologue Laurent Vandenbroucke, « à neuf mois, il n’y a aucun risque direct sur l’enfant. Le seul qui existe, c’est l’accouchement. » Il précise que la course a pu contribuer à déclencher le sien : « Quand on court aussi longtemps, des protéines sont déclenchées, le taux d’adrénaline monte. Le corps assimile tout ça à du stress et, pour protéger la mère, il veut évacuer le bébé. »
Philippe Descamps, chef de service gynécologie-obstétrique au CHU d’Angers, nuance ce propos en indiquant que si « le bébé ne courait pas de risque puisque sa grossesse était à son terme », il recommande néanmoins que « les femmes enceintes ne pratiquent pas ce type d’activités sportives qui, en entraînant des vibrations, peut provoquer des contractions. »
Grossesse et ultra-endurance : des défis énergétiques similaires
Tu te sens épuisée pendant ta grossesse ? C’est parfaitement normal ! Une étude britannique de l’université de Duke publiée dans Science Advances en juin dernier révèle que les femmes enceintes dépenseraient environ 2,2 fois leur métabolisme de base durant la grossesse. Cette dépense énergétique est comparable à celle d’un ultra-marathonien sur neuf mois !
Herman Pontzer, co-auteur de l’étude, affirme que « la grossesse est la chose la plus longue et la plus difficile que les humains puissent réaliser. Les limites atteintes sont comparables à celles du Tour de France. » Je comprends mieux pourquoi je me sens parfois aussi fatiguée qu’après un marathon, même les jours sans entraînement intensif !
Cette recherche montre que les humains ne peuvent pas dépenser durablement plus de 2,5 fois leur métabolisme de base sur 300 jours sans que le corps ne s’altère. Pour un adulte moyen, cela représente environ 4000 calories quotidiennes. Quand je prépare mes repas aujourd’hui, j’ai conscience que mon corps travaille constamment à plein régime, même au repos.
Voici les trois principales raisons qui expliquent cette dépense énergétique impressionnante chez les femmes enceintes :
- La création et le développement des tissus du bébé
- L’augmentation du volume sanguin et cardiaque
- Le travail constant des organes maternels qui fonctionnent pour deux
Malgré ces défis, ma grossesse représente un véritable miracle après mes traitements contre le cancer. J’envisage de reprendre ma carrière après l’accouchement, avec l’objectif ambitieux d’une qualification pour le marathon des Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028. Comme quoi, une grossesse peut s’intégrer dans la carrière d’une marathonienne, sans renoncer à ses rêves sportifs les plus fous !
